Il y a quatre ans, le Bernois devenait enfin champion olympique, en descente. Cette année, il a fait mieux que trouver un successeur avec Franjo von Allmen, qui a tout ramassé sur son passage à Bormio, à seulement 24 ans. Décryptage avec la légende de la descente.

Quand un Bernois succède à un autre Bernois. Qui de mieux que Beat Feuz, vainqueur de la descente olympique il y a quatre ans et désormais consultant pour la télévision suisse alémanique SRF, pour parler de celui qui a pris sa suite à Bormio et qui sera l’un des tous grands héros de ces Jeux, avec trois médailles d’or en trois courses. L’exploit réussi par Franjo von Allmen, vainqueur en descente, en combiné par équipe et en super-G est monumental et surtout inédit.

Pas une vraie surprise

« C’est fou, évidemment », sourit « Kugelblitz » qui fête ce mercredi son 39e anniversaire, après avoir partagé sa joie avec le triple champion olympique. « Cependant, on l’a un petit peu vu venir. Pas forcément de le voir gagner trois fois, mais aujourd’hui par exemple, le parcours et la piste convenaient parfaitement à Franjo. En plus, ce n’était pas très glacé et il y avait l’accroche parfaite pour lui. Il a su jouer sur ses points forts. » Beat Feuz n’est pas totalement surpris de voir le skieur de Boltigen réussir pareil razzia en Lombardie. « Pour moi, lui et Marco Odermatt étaient au même niveau avant ces Jeux. L’un a mieux réussi que l’autre, mais il ne faut pas oublier que Marco a déjà une médaille d’argent et une de bronze, même si ça n’a pas très bien fonctionné en descente! »

Le triple vainqueur de la descente de Kitzbühel se réjouit particulièrement de la performance d’ensemble de l’équipe de Suisse: « Nous avons 5 des 9 médailles mises en jeu jusqu’ici, c’est déjà incroyable! » De son côté, Beat Feuz a dû attendre d’être à la veille ou presque de ses 35 ans pour enfin se parer de l’or olympique. D’autres n’ont jamais connu cette chance. Franjo von Allmen l’a donc déjà fait trois fois, alors que le Bernois n’a que 24 ans! « Bien sûr, c’est incroyable. Et ce que je trouve encore plus incroyable, c’est cette constance qu’il a au plus haut niveau. »

« On discute rarement du ski de compétition »

« Franjo parvient à mettre en avant ses forces et c’est merveilleux », poursuit « Beati », pour décrypter les exploits de son successeur. « Il est si impertinent dans sa tête. C’est une force chez lui. Il ne rend rien plus compliqué que cela ne l’est dans le ski alpin. » Concrètement, il parvient à se libérer de la pression que beaucoup se mettent. « Dans la tête, c’est souvent difficile mais Franjo est détendu et cela a fait la différence, non seulement aujourd’hui, mais aussi ces quatre derniers jours. »

Interrogé sur l’expérience qu’il a pu partager avec celui qui est de 15 ans son cadet, Beat Feuz rappelle que leur relation n’est pas vraiment professionnelle. « Lorsqu’on discute ensemble, il est rare que ce soit à propos du ski de compétition, mais plutôt d’autres histoires. Il a déjà suffisamment de choses à faire et à dire dans le ski alpin. » Et l’ancien champion de conclure: « Aujourd’hui, nous avons vécu l’Histoire des Jeux olympiques et une des plus grandes pages du grand livre de l’Histoire pour la Suisse. »

Laurent Morel, Bormio