Dix ans après ses débuts en Coupe du monde, Camille Rast s’élance dans ce nouvel hiver avec une motivation intacte. La championne du monde et vice-championne olympique de slalom fait le point sur sa santé, son changement d’entraîneur, ses objectifs et sa longévité à deux semaines du géant de Sölden.
En ce début de semaine, sans crier gare, Mikaela Shiffrin a annoncé lever le pied en slalom, dans sa discipline fétiche où elle a remporté 73 de ses 110 succès en Coupe du monde et neuf fois le classement de la spécialité. Sans l’Américaine, la course au Globe de cristal de la discipline semble plus ouverte que jamais. Et si c’était la saison de Camille Rast? La Valaisanne, 3e et 2e du classement de slalom lors des deux hivers écoulés, sera l’une des favorites pour le trophée dans les virages courts.
« C’est clair que si on regarde noir sur blanc, si on regarde les chiffres, on pourrait le citer comme objectif », a lancé Camille Rast la semaine dernière à Dübendorf, lors de la traditionnelle journée des médias d’avant-saison, et ce quelques jours avant l’annonce de sa rivale américaine de réduire son programme en slalom. « Est-ce que le Globe sera un objectif maintenant ou dans dix ans, cela je ne le sais pas. Pour moi, l’objectif, c’est vraiment de continuer mon chemin, continuer ma route, continuer de travailler, respecter les gens avec qui je travaille, qu’on puisse progresser dans une bonne énergie et continuer à aimer ce qu’on fait. »
Toujours des séquelles de la chute de février 2025
S’amuser et prendre du plaisir sont fondamentaux pour avancer. Car cela fait désormais une décennie que la skieuse de Vétroz étrenne son talent sur les pistes de Coupe du monde. Le 22 octobre 2016, elle fêtait le premier de ses 125 départs sur le Cirque blanc lors du géant de Sölden. « Il s’est passé tellement de choses depuis », sourit l’athlète de 27 ans. De sa mononucléose en 2017 et sa rupture du ligament croisé du genou droit en mars 2019 à son titre de championne du monde de slalom à Saalbach et sa médaille d’argent olympique à Cortina l’hiver dernier, Camille Rast est déjà passée par tous les états d’âme. « J’ai l’impression que, dans une carrière, on grandit à vitesse grand V. Je pense que j’ai vécu tellement de choses que j’ai envie de revivre les épreuves et de revivre les succès. Ça fait partie du chemin, ça fait partie d’une carrière. Je pense qu’il y a très, très peu d’athlètes qui ont connu une carrière, on va dire, sans embûches. Tout ce que j’ai vécu ces dix dernières années fait la personne que je suis aujourd’hui. Et c’est aussi comme ça que j’ai créé mon chemin, que j’ai créé ma voie. Et c’est ce qui va me porter pour la suite de ma carrière aussi. »
Camille Rast n’entend pas s’arrêter en si bon chemin et espère durer sur le circuit, tout en étant compétitive. Ainsi, elle se soigne toujours du syndrome de Morel-Lavallée, une blessure à la hanche consécutive à sa chute lors du slalom de Sestrières en février 2025. « Je ne suis pas encore à 100% », assure la skieuse qui est toujours gênée sur le côté gauche de son corps. « Dès le départ, on m’a dit que c’était une année à deux ans, mais le ski, ça ne fait pas trop partie du processus de récupération. La saison passée, j’ai peut-être un peu trop poussé la machine, mon corps a compensé un peu et j’ai eu besoin de plus de récupération. » Pour ce faire, elle a travaillé cet été sur le rééquilibrage de son corps. « Il y a des jours où cela va mieux et d’autres où c’est plus compliqué. Mais j’espère revenir dans une année et pouvoir dire que c’est désormais de l’histoire ancienne. »
Un nouveau coach, pour un nouvel élan
En parlant d’histoire, la Vétrozaine en a débuté une nouvelle. Denis Wicki a pris une retraite méritée après plusieurs saisons de succès et c’est désormais Claude-Alain Art, lui aussi installé à Vercorin comme son prédécesseur, qui coache Camille Rast. Le Valaisan connaît déjà bien sa protégée, puisqu’il était l’un de ses entraîneurs au NLZ avant que la vice-championne olympique de slalom ne fasse le saut dans le monde professionnel. « C’était important pour moi d’avoir un coach qui parle français et qui me connaisse. Il était à mes côtés lorsque j’ai fait mes premières courses FIS. Il me connaît depuis que je suis gamine, » Un changement qui apporte un petit vent de renouveau pour Camille Rast. « Je le vois comme une opportunité. C’est le moyen de continuer à progresser, de trouver de nouvelles idées, de nouvelles solutions aux évolutions qu’on souhaite faire. Et cela apporte beaucoup d’énergie à l’équipe. »
Une équipe technique qui va donc entamer, à Sölden dans deux semaines, une saison qui doit l’emmener aux Mondiaux de Crans-Montana (1-14 février 2027), avec ce rendez-vous en point d’orgue. « Je n’ai jamais skié à Crans-Montana. C’est la première fois que mes amis pourront venir me voir en compétitions sans devoir réserver un hôtel », se réjouit déjà la championne du monde en titre des virages courts, qui se veut ambitieuse, peu importe où elle skie. « Que ce soit des Mondiaux, une Coupe du monde, à domicile ou ailleurs, mon plan sera toujours le même. Je vais toujours donner mon meilleur. »
Johan Tachet, de retour de Dübendorf
