Les entraîneurs helvétiques ont choisi de ne pas faire passer Alexis Monney par une qualification interne pour la descente olympique de Bormio. Niels Hintermann ne comprend pas alors que le Fribourgeois compte en profiter.

Le premier entraînement en vue de la descente des Jeux olympiques sur la Stelvio a permis aux skieurs helvétiques de confirmer, sans surprise aucune, qu’il faudra compter sur eux pour l’épreuve reine samedi à Bormio. Marco Odermatt (3e), Alexis Monney (4e en ayant manqué une porte), Franjo von Allmen (7e) et Stefan Rogentin (8e) ont montré qu’ils sont dans le coup, alors qu’ils n’ont pas forcé et ont freiné sur le bas du tracé italien. Niels Hintermann, lui, a terminé plus en retrait (18e).

Un mauvais signe pour le Zurichois, qui jouera sa qualification jeudi lors du deuxième entraînement face à Stefan Rogentin? « Aujourd’hui, je ne me sentais pas bien », a avoué le skieur revenu cette saison à la compétition après une pause d’une année en raison d’un cancer des ganglions lymphatiques. « Je ne suis tout simplement pas vraiment entré dans mon ski, dans ce cas on se sent un peu énervé et on n’arrive pas à vraiment skier. »

« Pas dans l’esprit du sport »

Surtout, le skieur de Hausen am Albis peine à digérer la décision du staff suisse d’avoir validé la qualification d’Alexis Monney avant même le premier entraînement, alors qu’il était initialement prévu que le Fribourgeois parte sur un pied d’égalité avec le duo Hintermann – Rogentin. « Je trouve que la décision prise par les trois messieurs n’est pas juste. Ce n’est pas dans l’esprit du sport », insiste le colosse zurichois, qui a toutefois relevé du positif comme de nombreux athlètes, avec une luminosité bien meilleure qu’en décembre, lorsque se déroulent habituellement les épreuves de Coupe du monde de Bormio.

Concrètement, le souci vient du fait qu’Alexis Monney a été récompensé alors qu’il n’est pas monté sur le podium cet hiver en descente. « C’est une condition depuis neuf ans je pense, c’est comme ça qu’on a toujours procédé. Et maintenant, tout à coup, on fait différemment. Pour moi, c’est un peu incompréhensible, mais bon… » Stefan Rogentin se montre lui plus philosophe. « C’est une décision qu’il faut accepter, à moi de me montrer le plus rapide », lâche ainsi le Grison, déjà qualifié pour le super-G. « Pour l’instant, je suis totalement focalisé sur la descente. »

« Économiser un petit peu d’énergie »

Si les entraîneurs helvétiques ont accordé une faveur à Alexis Monney, c’est aussi qu’il a gagné sur la Stelvio l’hiver dernier. Ils ont donc voulu lui offrir un petit avantage, pour qu’il puisse se préparer pour samedi sereinement. Ce mercredi, il a ainsi raté une porte dans une zone où la neige n’était pas de très bonne qualité. « Je n’ai pas participé à la discussion, on m’a simplement dit que ça avait été décidé ainsi », se réjouit le skieur de la Veveyse. « Après, je suis content, surtout ici car ça m’enlève un petit peu de pression. Aujourd’hui, je savais qui si ça ne fonctionnait pas en terme de trajectoire et de matériel, ce n’était pas la fin du monde. Bon, en l’occurence je suis dans le coup, c’est bien. Mais c’est une piste exigeante et le fait de ne pas faire de qualif’ me permet d’économiser un petit peu d’énergie. Il y aura la descente, le combiné et le super-G. Si t’ajoutes une course supplémentaire, ça commence à faire beaucoup… »

Malgré tout, le médaillé de bronze de la descente des derniers Championnats du monde à Saalbach comprend le courroux de ses compatriotes. « Personnellement, j’étais préparé à faire une qualification surtout que je n’ai pas de podium cette saison », rappelle-t-il. « Je n’ai jamais dit que je voulais avoir une place fixe au départ et j’ai été surpris hier en apprenant la nouvelle. Je serais également énervé à la place de Niels. Je suis désolé mais je ne vais pas refuser cette chance. »

Réponse jeudi

Pour Niels Hintermann et Stefan Rogentin, le deuxième test chronométré fera donc office de juge de paix. Les temps seront enregistrés jusqu’au saut du San Pietro pour les deux hommes. L’épreuve devrait se dérouler dans des conditions acceptables, même si la neige s’est remise à tomber en début d’après-midi sur Bormio mercredi.

De leur côté, Marco Odermatt et Franjo von Allmen ont pris des repères. « La piste évolue beaucoup en ce moment », décrypte ainsi le Nidwaldien, qui a remporté deux fois le super-G et terminé deux fois 2e en descente sur la Stelvio. « Il faudra voir en course car pour l’instant, ce n’était qu’un entraînement et le revêtement va encore énormément évoluer. » À suivre, donc.

Laurent Morel, Bormio