Plus qu’ailleurs, Marco Odermatt se sent pousser des ailes dès qu’il dévale la mythique piste du Chuenisbärgli où il a signé ce samedi son cinquième succès consécutif. Ce week-end, le Nidwaldien a encore assuré le show pour le plus grand bonheur de tout un peuple. Réactions entre record et admiration.
Quand Adolf Ogi rencontre Odi sur le podium du géant d’Adelboden, l’ancien Conseiller fédéral lui a sûrement glissé à l’oreille qu’il l’avait trouvé « formidable ». Car Marco Odermatt l’a une nouvelle fois été sur la mythique Chuenisbärgli, qu’il a faite sienne une cinquième fois de suite en remportant le géant dans la station de l’Oberland bernois. Un exploit totalement fou lorsque l’on connaît la difficulté de l’épreuve, peut-être le géant le plus compliqué de la saison, et la vive concurrence à laquelle s’oppose le Nidwaldien. « Ce qui est incroyable, c’est de pouvoir vivre autant de fois ces émotions. C’est tellement fort. »
Au moment de franchir la ligne d’arrivée et de longues minutes après avoir signé son 51e succès en Coupe du monde, Marco Odermatt n’a pas boudé son plaisir en fêtant avec des fans rouge et blanc complètement acquis à sa cause et qu’il a longuement remerciés. « J’ai toujours dit qu’il n’y avait pas de secret pour gagner ici à Adelboden, mais avec ces supporters qui me poussent, je m’élance avec davantage d’énergie que d’habitude. »
« On se demande comment battre Odermatt »
Sur la piste et entre les flocons, le patron du ski mondial a encore offert un récital, semblant dévaler la Chuenisbärgli comme si elle était immaculée de toute trace. Imperturbable, à l’attaque, sûr de son ski, sans dévier de la trajectoire idéale. « Franchement, les conditions étaient très compliquées », poursuit-il. « Mais j’aime quand c’est ainsi, j’aime quand il faut se battre. »
En repoussant toujours plus les limites de son sport, « Odi » suscite toujours autant l’admiration de ses pairs, à commencer par Luca Aerni, 10e ce samedi. « Il est impressionnant car il arrive à rester calme dans toutes les situations », souligne le skieur de Crans-Montana. Même constat parmi les athlètes étrangers. « Avec Lucas (Pinheiro Braathen), on se demandait en rigolant ce que l’on devait faire pour le battre », se marre le Français Léo Anguenot, qui partage la vedette sur la boîte avec le Suisse et le Brésilien. « C’est énorme de se retrouver sur le podium avec une telle légende. »
Mieux que Pirmin Zurbriggen, Didier Cuche et Lara Gut-Behrami
Car Marco Odermatt signe, week-end après week-end, des exploits toujours plus retentissants. Le Nidwaldien devient le premier athlète suisse à avoir triomphé au moins cinq fois dans deux stations différentes, après avoir accompli cet exploit à Beaver Creek et Alta Badia. Didier Cuche et Primin Zurbriggen quintuples lauréats à Kitzbühel, ainsi que Lara Gut-Behrami à Garmisch-Partenkirchen, ont réussi pareille performance, toutefois dans un seul et même lieu.
« C’est véritablement impressionnant », concède Adolf Ogi, qui en a vu d’autres depuis son entrée à la fédération suisse de ski en 1964. « Ingemar Stenmark l’avait fait à l’époque, mais il est plus difficile de gagner maintenant. C’est extrêmement difficile de réaliser un tel accomplissement. Il faut être prêt mentalement, techniquement et surtout pouvoir gérer la pression. » Et depuis son premier triomphe sur la Chuenisbärgli en 2022, le champion olympique de géant savoure pleinement de pouvoir skier devant son public à Adelboden. « La première fois que j’ai gagné ici, la pression était énorme », se rappelle Marco Odermatt. « Aujourd’hui, je n’ai plus aucune obligation et je peux profiter de chaque instant année après année. »
Un nouveau record à Wengen?
Il le promet, il compte revenir dans douze mois pour conquérir une sixième couronne dans l’Oberland bernois. Mais combien de succès le skieur de 28 ans, qui rappelle ne pas vouloir chasser les records, peut-il encore signer sur sa piste fétiche? « Je ne sais pas combien de temps j’aurai encore l’énergie de performer au plus haut niveau dans trois disciplines, mais l’an prochain, c’est sûr que je serai de retour. » Mais avant de penser au prochain hiver, Marco Odermatt va profiter de rentrer se reposer quelques jours à la maison avant de prendre la direction de Wengen pour la descente et le super-G au programme. Et au pied de l’Eiger, « Odi » pourrait encore une fois écrire sa formidable légende en signant, là aussi, un cinquième triomphe.
Johan Tachet, Adelboden
