Malorie Blanc avait de la peine à réaliser la portée de son exploit après avoir remporté le super-G de Crans-Montana, devant son public. Sur son petit nuage, la skieuse d’Ayent revient sur cette incroyable journée. Réaction.

Dans les tribunes, les « Malo, Malo, Malo » résonnent bruyamment et les drapeaux valaisans s’agitent, pendant que Malorie Blanc, les yeux embués et un large sourire aux lèvres, savoure profondément le moment. Devant son public, sa famille, ses amis, à quelques encablures de sa maison d’Ayent, elle vient de remporter son tout premier succès en Coupe du monde en s’adjugeant le super-G de Crans-Montana.

Comment rêver de plus belle scène pour signer le plus grand exploit de sa jeune carrière? « En me levant ce matin, je me suis dit : il y a du soleil, du beau monde, une bonne ambiance. Mais jamais de la vie je n’aurais imaginé vivre un tel scénario. Je vais avoir des courbatures aux zygomatiques au réveil », sourit l’héroïne du jour, ovationnée telle une rock-star.

La chance de son côté

La Valaisanne de 22 ans s’est mise « en pilotage automatique » après son exploit, en essayant de profiter de l’instant présent, tout en répondant aux nombreuses sollicitations et en embrassant l’ensemble de ses coéquipières qui sont venues la féliciter. Elle s’est revue à Sankt Anton l’hiver dernier, lorsqu’elle avait arraché la 2e place de la descente avec son dossard 46, pour son départ en Coupe du monde. Même si le circuit connaissait son potentiel, personnes de s’attendait à retrouver son nom au sommet du classement. « Quand je passe la ligne, j’entends que c’est pas mal, et là, je vois le chrono. C’est complètement fou. »

Sur son siège de leader, sur lequel elle s’asseyait littéralement pour la première fois, elle a tremblé au passage de plusieurs athlètes. Notamment lors de celui de l’Italienne Laura Pirovano, qui a finalement manqué l’avant-dernière porte alors que le succès lui tendait le bout des spatules. « Ça me fait un peu de peine pour elle, car, il ne faut pas se voiler la face, elle allait gagner. Mais c’est le jeu. »

Effacer le souvenir de 2024

Sur la neige du Haut-Plateau, Malorie Blanc a fait parler sa classe et sa finesse technique, pour mater toutes ses adversaires, à commencer par Sofia Goggia, qu’elle a devancée de 18 centièmes. Et pourtant, tout n’a pas été parfait. « J’étais presque en mode école de ski par moment », se marre-t-elle. « Mais c’est ce qui me plaît, skier sur l’intérieur, parfois sur l’arrière, faire des fautes, mais ce sont des fautes de vitesse. La course parfaite n’existait pas aujourd’hui, il fallait accepter de commettre quelques erreurs. »

Et pour s’élancer sur cette piste du Mont Lachaux, la « Kitzbühel des dames », il ne faut pas avoir froid aux yeux, surtout quand on songe que l’Ayentôte s’était blessée grièvement au genou gauche sur ce même parcours quelques jours après son titre mondial juniors en super-G alors qu’elle était extrêmement fatiguée. « Ça me fait rire, quand les gens me rappellent mon accident ici. Franchement, j’adore cette piste, c’est la plus belle du circuit.» Car la Valaisanne n’est jamais aussi forte que quand elle doit se battre.

La pression positive des fans

Surtout que Malorie Blanc ne voulait pas décevoir les plus de 200 membres de son fan’s club présents dans les tribunes. « J’étais nerveuse avant la course, mais c’était une pression positive », confie la jeune athlète de 21 ans. « Au final, je n’ai pas trop réfléchi. Mais après, je suis contente d’avoir pu concrétiser en course ce que je parviens à faire à l’entraînement. Et le réaliser à Crans-Montana, il n’y a pas plus belle symbolique. »

Pour pouvoir communier avec ce public, qui le lui rend bien, mais aussi avec les personnes qui ne sont plus là, comme en témoigne son index pointé en direction du ciel après avoir franchi la ligne. « Je pense vraiment de tout cœur aux gens. Aux gens qui sont ici, aux gens qui sont là-haut. » Mais désormais, place, un peu, à la fête et à la récupération. « Je vais profiter avec les gens qui m’aiment et surtout pouvoir ensuite pouvoir dormir dans mon lit et me reposer à la maison. » Avant de prendre la direction de Cortina d’Ampezzo en début de semaine, où la jeune championne y disputera ses premiers Jeux olympiques. Avec le rêve de faire flotter bien haut les drapeaux suisse et valaisan.

Johan Tachet/LMO/LUM/DD/SSW, Crans-Montana